Mémoire de requérants d’asile
Par le webmaster,
lundi 8 mai 2006 à 08:33 - Nouvelles diverses
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Un magnifique courrier de la famille Hodgers, ce matin dans la Tribune de Genève :
Genève, Il y a 30 ans, le 8 mai 1976, Hector Fernandez Baños, compagnon de Silvia Hodgers et père d'Antonio, était enlevé dans les rues de Buenos Aires par les forces militaires argentines. Comme 30 000 autres de nos compatriotes, il a été torturé avant d'être assassiné. Son corps n'a jamais été rendu à sa famille, malgré les recherches de sa mère. Pour notre part, nous avons réussi à fuir.
Recherchée également par la dictature, Silvia Hodgers, a quitté l'Argentine et est arrivée à Genève quelques années plus tard avec ses enfants Antonio et Violeta. Comme requérants d'asile, nous avons dû entamer une longue procédure de deux ans pour obtenir l'asile politique. Il fallait prouver la persécution, la disparition forcée d'Hector, le risque de mort réel pour Silvia si elle était renvoyée en Argentine. Rien de cela n'est simple pour les persécutés quand l'administration du pays d'origine est aux mains de leurs bourreaux. Et l'administration suisse est sévère mais, en règle générale, juste. Nous avons donc obtenu un permis humanitaire.
Durant cette période, par leur appui et leur affection, beaucoup de citoyennes et de citoyens suisses ont matérialisé à nos yeux la longue tradition genevoise de protection des réfugiés et nous ont permis de planter nos racines dans cette terre d'accueil. Avec le temps, celle-ci est devenue aussi la nôtre et nous nous sommes fièrement naturalisés suisses.
Riche de sa démocratie, le peuple suisse sera prochainement appelé à voter sur une nouvelle loi d'asile qui, par notre histoire, nous touche au plus profond de notre identité de réfugiés. Sous l'impulsion d'un ministre d'extrême droite, qui postule qu'un requérant d'asile est un criminel jusqu'à preuve du contraire, le parlement suisse veut durcir la Loi sur l'asile. Les nouvelles dispositions seront si exigeantes qu'avec cette loi, nous n'aurions jamais obtenu l'asile en Suisse. Car, comme pour bien d'autres réfugiés, l'exil dans la clandestinité fut une lourde épreuve. Et les conditions demandées par la nouvelle loi sont absurdes.
Ce durcissement de la Loi sur l'asile nous interpelle, car il veut dire que les gens comme nous, vivant et aimant ce pays, respectant ses lois et contribuant à sa prospérité, sont accusés d'être des profiteurs. Malgré la mort d'un compagnon et d'un père, malgré la répression militaire en Argentine, malgré la fuite et notre vie qui basculait, la Suisse aurait dû nous refuser l'asile. Mais nous avons bon espoir qu'une majorité des citoyen(nes) refuseront cette loi. Car, contrairement à ce que prétend l'extrême droite, l'identité suisse n'est pas le repli sur soi, c'est bien au contraire l'ouverture et l'accueil.
Silvia, Antonio et Violeta Hodgers

Commentaires
1. Le lundi 8 mai 2006 à 08:58, par Philippe
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